Brutus Labiche, alias Sandra Habiyambere, est une artiste multidisciplinaire suisse-rwandaise dont la pratique englobe peinture, installation et performance.
Sa pratique explore les esthétiques afro-suisses à travers une approche de world-building, où symboles suisses et références des cultures numériques noires coexistent en symbiose. A travers des matériaux tels que le foin, les textiles, les cheveux synthétiques, les objets trouvés, la cire et le son, elle active le folklore comme une archive vivante, réinventant les formes d'appartenance et les récits.
“Récemment, j’ai beaucoup réfléchi à ma notion de « maison », est-ce un lieu ? Un espace, une synergie, ou tout en même temps ? Quand on grandit déracinée, et enracinée dans de nouvelles terres, nouvelles cultures, la maison ne se cloisonne jamais en un espace. Elle se transmet en souvenir, en expérience, en odeur, en émotion. Je pense que ma maison est une recherche perpétuelle, une harmonisation de mon existence, de toutes celles que j’ai été, de toutes celles que je suis. Qu’est-ce qu’on fait d’une maison, quand elle est déshabitée par des souvenirs, ou un imaginaire qui n’existe pas, puisque celui-ci ne s’active qu’à travers soi. On part la chercher, sa maison.
Puis, j’ai couru partout. Je suis partie souvent, loin, très loin, de mes premières maisons, de ma famille, de mes proches,pour trouver cette maison, ma maison. J’ai visité d’autres pays, d’autres cultures. Par moments, je me suis sentie à la maison.Par d’autres, j’étais seulement une invitée. Avec le temps, j’ai compris que ma maison était mon monde, mon art. Ce que je crée, c’est moi. Petit à petit, ma maison n’était pas que pour moi, mais elle se construisait avec les autres. Aujourd’hui, je présente mes fondations de mon parcours. Dans ma maison, il y a de la politique, de la sociologie: on y retrouve beaucoup de Pierre Bourdieu, de Franz Fanon, de Toni Morrison. Dans ma maison, il y a aussi de la mode, de Vivienne Westwood à TELFAR, en passant par les saisons Versace spring/summer 97. Dans ma maison, il y a des caquelons, des drapeaux, des femmes noires : Oliandria, Megan Thee Stallion, Solange, Lauryn Hill, Grace Jones. Dans ma maison, on écoute Lou Reed, The Velvet Underground, Pino D’Angio, ou Fela Kuti. Dans ma maison, il y a des edelweiss, des cloches et des drapeaux. Dans ma maison, je siège et je vous regarde : je vous vois me regarder et prendre vous voit et prend place. Mon art est ma maison.”