











Shirin Yousefi
saccrochage
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Shirin Yousefi compose des paysages sensibles dont le choc entre l’imaginaire et le réel affleure comme une trace matérielle. L’exposition qui lui est consacrée présente deux ensembles sculpturaux: "La Récréation" et "Les Moulins”. Ils interrogent les mémoires, les géographies et les récits culturels du territoire aujourd’hui défini comme S.W.A.N.A.
À travers un langage mêlant corps, contraintes et imagination politique, La Récréation est un ensemble de trois vêtements-sculptures d’où émergent des cornes animales. Les œuvres évoquent des identités stratifiées et des présences liminaires, suspendues entre tension révolutionnaire et poids de l’existence. Cristallisées dans le sable, les sculptures témoignent d’un temps arrêté, un état de latence qui les maintient prêtes à s’activer. Les cornes, telles des antennes de la raison momentanément abaissées, portent des histoires en suspens et attendent le moment pour libérer leur charge symbolique.
À leurs côtés, deux structures géométriques, Les Moulins, accueillent des projections vidéo qui apparaissent comme des témoignages silencieux d’un territoire traversé. En continuité avec l’espace sculptural et en l’amplifiant, les images défilent comme des fragments de mémoire collective, créant un dialogue entre surfaces solides et récits en mouvement. Là, la frontière entre document et imaginaire demeure encore volontairement instable. Plusieurs loops de tanks et de gazelles circulent comme s’il n’y avait, pour le moment, que le risque de s’éteindre, tournant en rond pour un temps infini, et témoignent de l’absence de liberté de circulation et de l’incapacité de se fixer des horizons. Ce phénomène de circulation vaine des animaux, des insectes et même des tanks, comme dans Ant Mill ou Death Circle, illustre une disparition du sens commun tout en laissant oubliée toute possibilité d’auto-organisation collective ou de nouvelles directions.
Ensemble, ces œuvres racontent un lieu auquel Yousefi consacre depuis longtemps son attention, complexe et pluriel, un territoire vivant, mais constamment menacé par ses définitions géopolitiques. Yousefi en restitue la voix à travers des formes qui résistent à la fixation, invitant le spectateur à une écoute attentive et à une présence engagée. Shirin Yousefi développe un travail pluridisciplinaire, multisensoriel et spatial. Ses recherches sefondent sur des questions géopolitiques liées au territoire S.W.A.N.A. s’appuyant sur des histoires actuelles et passées qu’elle étudie à partir de sources multiples. À la suite de ses recherches sur la notion de frontière, de paysage et de transition, qu’elles soient géopolitiques ou idéologiques, oscillant entre réalité et spectacle, Shirin Yousefi poursuit ses questionnements sur les limites imposées et imposables. Son travail convoque autant le son, l’odeur, le mouvement que l’installation afin de proposer au public des contes sensoriels et des images mentales au pouvoir d’évocation illimitée.
Elle a étudié le théâtre et le cinéma à l’Université de Téhéran. Par la suite, elle obtient son Master en Arts Visuels en 2017 à l’ECAL. Elle a exposé entre autres à Kunsthalle de Zürich, Nottingham Contemporary en Angleterre, au Swiss Institute à New York et au Centre Culturel Suisse de Paris.
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